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Quelle arme je déconseille pour installer un silencieux, et pourquoi ?

Réducteur de son trident à double flux fabriqué par RDS Industrie

Quelles armes peut-on équiper d’un silencieux ? Quelles sont celles qu’il vaut mieux ne pas modifier ? La réponse dépend de nombreux paramètres : conception mécanique de l’arme, dimensions du canon, possibilités d’usinage, coût de l’intervention, mais aussi intérêt historique de l’arme.

En réalité, je ne refuse pas de travailler sur une arme. J’explique surtout pourquoi une modification peut être techniquement impossible, déconseillée ou économiquement peu pertinente.

Cette liste n’est pas exhaustive. Elle présente plusieurs cas que nous rencontrons régulièrement à l’atelier.

Pour savoir ce qu’il est possible de réaliser sur votre arme et obtenir un avis technique, vous pouvez nous contacter par email ou par téléphone.

Usinage d'un filetage de canon dans l'atelier RDS Industrie
Usinage d'un filetage : l'opération n'a de sens que si le canon offre la matière nécessaire.

Pourquoi déconseiller le filetage de certaines armes ?

Les raisons sont principalement de quatre ordres :

  1. les contraintes mécaniques ;
  2. les contraintes d’usinage et les dimensions disponibles ;
  3. le coût global de l’intervention ;
  4. la conservation des armes anciennes ou historiques.

Ces quatre critères se cumulent souvent. Sur certaines armes, une modification techniquement réalisable devient peu intéressante, trop coûteuse, ou contraire à l’objectif de conservation du modèle.

1. Les contraintes mécaniques

Avant de parler de filetage ou de montage d’un silencieux, il faut regarder la conception générale de l’arme.

Certaines armes sont particulièrement complexes à décanonner, et plus encore à recanonner. Le démontage du canon peut demander beaucoup de temps et impose ensuite un rebronzage. Le coût de l’intervention devient alors disproportionné : ce n’est pas le filetage qui coûte cher, c’est tout ce qu’il faut faire autour.

Une modification ne s’évalue donc pas au seul prix du filetage du canon, mais au coût et à la complexité de l’ensemble de l’intervention, finition comprise.

2. Les carabines à levier de sous-garde non filetées d’origine

Sur ces armes, le canon et le système de magasin sont intimement liés. Selon le modèle, l’intervention peut imposer des opérations importantes, jusqu’à devoir modifier la longueur du magasin.

Il faut alors comparer le coût global de la transformation aux autres solutions disponibles. Lorsque l’intervention revient plus cher qu’une carabine à verrou neuve déjà filetée, ou qu’une bonne occasion facile à adapter, il n’y a pas de raison de privilégier la solution la plus complexe.

Il y a par ailleurs un intérêt pratique à disposer d’une arme dédiée et réglée pour son usage. La simplicité est parfois un véritable avantage technique.

3. Certaines carabines semi-automatiques

Les carabines semi-automatiques demandent une analyse au cas par cas, car toutes ne fonctionnent pas selon le même principe.

La Browning BAR en est l’exemple le plus parlant. Même si les versions les plus récentes se décanonnent plus facilement, ces armes ont un emprunt de gaz non réglable : le silençage pose de sérieux problèmes au mécanisme. Sur la BAR, les raisons mécaniques, dimensionnelles et économiques se rejoignent, et l’opération est à éviter.

Il serait faux de généraliser à toutes les semi-automatiques. Une Remington 7400 et ses variantes disposent d’un système d’emprunt de gaz différent de celui de la BAR et tirent des calibres plus souples : elles fonctionnent parfaitement. De l’extérieur, rien ne distingue les deux situations, tout est dans le mécanisme.

4. Les pistolets automatiques : le problème du canon

La très grande majorité des pistolets automatiques nécessitent un canon fileté d’origine, dépassant de la culasse. C’est la solution la plus rationnelle.

Beaucoup de gens pensent usiner et monter une rallonge. Pour cela il faut de la matière et un épaulement.

Le cas du 1911

Ne réfléchissez pas au diamètre mais au rayon. Un canon de 1911 mesure 0.578 inch, soit 14,68 mm : il ne reste que 1,59 mm d’épaisseur. Pas de quoi laisser de la matière au canon, faire un filet et un épaulement. Si cela tient 10 cartouches, ce sera un maximum.

Quand vous avez une idée, dimensionnez-la et faites un dessin. C’est le meilleur moyen de voir immédiatement la limite mécanique du projet.

Le 1911 à silencieux est un mythe de cinéma, et les armes de cinéma ne tirent pas pour de vrai. J’en ai fait quelques-uns, toujours pour un résultat décevant. Il existe en revanche des canons filetés en 578-28 pour Colt 1911.

Pistolet 9 mm équipé d'un réducteur de son
Un pistolet 9 mm équipé d'un réducteur de son : la solution rationnelle passe par un canon prévu pour.

Les pistolets modernes en 9 mm

La problématique est la même : on tire un 9 mm dans un canon d’environ 14 mm de diamètre extérieur. Il n’y a pas la place, même si j’en connais qui ont tenu quelques dizaines de cartouches. Une solution qui tient quelques dizaines de tirs n’est pas une solution mécanique durable.

Lorsque l’objectif est de disposer d’un pistolet compatible avec un silencieux, choisir un modèle dont le canon est prévu pour est bien plus rationnel que de transformer un modèle qui ne l’est pas.

Les pistolets .22 LR sont un autre sujet

De nombreux modèles en .22 LR ont un canon suffisamment accessible pour permettre une intervention adaptée. Nous avons réalisé beaucoup de travaux sur des pistolets Ruger. Là encore, le modèle exact est déterminant.

Le meilleur conseil : penser au silencieux au moment de l’achat

Si votre projet est de disposer d’une arme compatible avec un silencieux, la meilleure démarche consiste à anticiper la question avant l’achat. Cela évite des modifications complexes et parfois coûteuses.

À vérifier :

  • la présence d’un canon prévu pour recevoir un dispositif adapté ;
  • les caractéristiques générales du modèle ;
  • les possibilités d’intervention sur le canon ;
  • la compatibilité mécanique de l’ensemble ;
  • le coût total de la modification ;
  • et, pour une arme ancienne, son intérêt historique et son état d’origine.

Les armes livrées avec un canon fileté d’origine sont aujourd’hui beaucoup plus courantes qu’il y a vingt ans. Choisir un modèle déjà conçu pour cette configuration évite la plupart des difficultés d’une modification ultérieure.

Attention à la concentricité du canon

La question ne se limite pas à la présence d’un filetage. La concentricité entre le canon, son axe et le filetage doit être contrôlée. Sur certaines productions, il existe des écarts dimensionnels qui exigent un contrôle attentif avant d’envisager le montage d’un dispositif en bout de canon.

Nous avons eu à reprendre un lot de 100 canons de carabine destinés à un industriel à la suite d’un problème de concentricité. Chaque pièce a dû être contrôlée et reprise, avec une réduction du diamètre extérieur des canons.

Un simple examen visuel ne suffit pas toujours. Le contrôle des dimensions et de la géométrie est une étape essentielle.

5. Les armes anciennes et historiques

C’est le point sur lequel notre position est la plus claire : une arme ancienne dans son état d’origine mérite d’être conservée.

La notion d’ancienneté est relative. Une arme de quelques décennies n’a pas nécessairement le même intérêt historique qu’une arme centenaire, rare et parfaitement conservée.

Pour nous, lorsqu’une arme ancienne possède encore son canon d’origine, dans son calibre d’origine, et présente un intérêt historique ou patrimonial, la modification du canon n’est pas souhaitable. Cela concerne des modèles emblématiques comme le Lebel ou le Mauser G98, mais pas uniquement : la question se pose aussi pour des armes plus récentes remarquables par leur état de conservation ou leur configuration d’origine.

À l’inverse, une arme ancienne déjà profondément modifiée ou recanonnée n’est plus dans son état historique. Un MAS 36 recanonné dans un autre calibre, ou un 98K ayant déjà subi un recanonnage, ne posent pas la même question patrimoniale. Chaque cas s’examine individuellement.

Pourquoi je préfère parfois dire non

Notre métier ne consiste pas à réaliser une opération au seul motif qu’elle est techniquement envisageable. Il faut se demander si la modification a du sens.

Une intervention peut être techniquement complexe, mécaniquement discutable, très coûteuse, disproportionnée par rapport à la valeur de l’arme, ou contraire à l’intérêt historique du modèle. Dans ces situations, expliquer pourquoi il vaut mieux éviter la modification fait partie du conseil technique. Dire qu’une solution n’est pas pertinente est parfois un meilleur service que de réaliser l’intervention à tout prix.

Vous souhaitez savoir ce qui est possible ?

Il existe trop de modèles et de configurations pour établir une liste exhaustive des armes à ne pas modifier. Le plus simple est d’étudier votre arme au cas par cas : son modèle, sa configuration, son état, et votre projet.

Pour un avis technique ou pour discuter de la faisabilité d’une intervention, contactez-nous.